vendredi 19 janvier 2018

Bright réalisé par David Ayer (2017)



Bright réalisé par David Ayer (2017)

Postérieurement à Star Wars 8, le visionnage de Bright aura peut-être été l'expérience la plus réjouissance en terme d'entertainement movie. Réalisé par David Ayer (aka Mr Suicide Squad), Bright nous emmène dans un univers d'urban fantasy, similaire à notre monde moderne si ce n'est que co-existent Elfes, Orks, Humains (et d'autres races entre aperçues, tel que des centaures ou des fées).




Les connaisseurs de Shadowrun (Jeu de rôle des années 90 à nos jours) seront en terrain familier si ce n'est que shadowrun est un univers futuriste cyberpunk dont le postulat est celui de temps cycliques de la magie.

Dans Bright, celle-ci est présente et dangereuse : le monde a survécu à la domination d'un "Sauron"  (le "Dark lord") et les baguettes magiques sont des objets rares, de très grand pouvoir ("a wand is like a nuclear weapon that grants wishes").

Le monde est d'essence libérale, sombre, comme dans un film noir moderne, les elfes en haut de la pyramide sociétale et les orcs en bas. La police a son lot de ripoux et l’honnêteté semble être un concept bien galvaudé.

D'un rythme enlevé, Bright dispose d'un scénario simple, dont la vertu est de présenter - à l'instar d'un tome d'exposition - un univers dont la richesse se devine par l'image.

Dans le rôle titre, Will Smith, avec un jeu plus sobre que dans certains actionners, se trouve être le policier partenaire du premier flic orc de la Ville. En patrouillant sur le lieu d'un crime à la suite d'un signalement, ils vont tomber sur une affaire qui les dépasse...

Les personnages sont esquissés à la manière de mythes et l'on devine par diverses allusions que la carte présentée - la BD -  ne fait pas tout le territoire.

L'action est au rendez-vous, les elfes sont des "bastards" vraiment mortels et les orcs de guerriers courageux.

La musique rythme nerveusement les moments fort de l'histoire

Au final, ce fantasy thriller & buddy movie,  aura été une belle découverte sans prétention.


Bien que peu aimé de la critique, Bright aura reçu un bon accueil du public, suffisant pour inciter Netflix à mettre en chantier un 2e opus. A suivre donc...

Note :

Une petite vidéo complémentaire sur l'histoire de la magie dans Bright :




jeudi 18 janvier 2018

Star wars épisode VIII



Comment commencer une chronique sur "l'objet star wars" du moment, c'est à dire l'épisode VIII ? Tâche assez ardue où tout a été dit avec parfois des discussions assez "dynamiques" sur le sujet. Cette chronique comportera quelques spoilers.

Dans le cadre de ces discussions, le dialogue est souvent apparu compliqué, me heurtant avec des réactions assez vives, pour avoir été présenté comme un fan exigeant et impossible à satisfaire, ou idéalisant la première trilogie au delà du raisonnable le passé etc...

En effet, je n'ai pas aimé, mais je suis toutefois rentré dans la salle de cinéma avec un apriori favorable. Sans être un fan extrême, j'ai connu et aimé star wars par ses films, plus que par l'univers étendu, et par son premier jeu de rôle sur table - il y a longtemps et dans une lointaine galaxie.

Sans la détester, j'ai été plus circonspect au sujet de la prélogie, trouvant qu'elle a eu en son temps le mérite d'exister et de posséder quelques qualités (à l'exception du gungam et de la romance du 2e épisode), au titre desquelles garder une vision et cohérence à cette oeuvre.

J'ai trouvé intéressant l'épisode VII et globalement apprécié Rogue One , j'ai donc sauté sur l'occasion quand un ami de passage à Paris m'a proposé d'aller le voir.

*****

Je suis sorti de la salle avec des émotions contradictoires puis un vrai sentiment de trahison d'une licence. Si le spectacle était au rendez-vous avec quelques belles images, les nombreuses incohérences du scénario et le manque d'unité avec l'épisode VII m'ont totalement gâché le spectacle.

Des ennemis parfois d'une stupidité sans borne (général Hux) dont les actions hésitantes et erreurs de jugement ne sont là que pour permettre aux rebelles de survivre un peu plus longtemps... Des fanfaronnades comme de mauvaises bandes dessinées (allo ? Vous m'entendez ?) de pilotes seuls contre des croiseurs, là pour gagner du temps... Des princesses sensibles à la force qui l'utilisent naturellement dans le vide intersidéral (avec des poses à la superman)... Des personnages qui ne veulent pas que d'autres jurent...

Mais fondamentalement, une série de problèmes m'a gêné :
- la vanité de toutes les actions entreprises par po et sa clique pour tenter de sauver la rébellion (et son esprit) alors que justement le film semblait insister sur la transmission de cette étincelle de résistance contre le pouvoir totalitaire. Ainsi, le dénouement et le salut se jouait uniquement sur le théâtre de la bataille de la Force entre Luke, Rey, Kylo Ren. Contradiction interne qui bute l'une des valeurs qui constituait l'essence des précédentes trilogies : l'idée qu'un acte rebelle est porteur d'un sens et d'un effet, même à niveau micro, quelque soit le personnage. A la limite toutes ces péripéties auraient pu être passées sous silence.
- la forte présence du style marvel (le changement de nature de l'humour, qui se porte vraiment sur la "blagare", l'enchainement de péripétie au-delà d'une construction de scénario - même simple -). A certains moments, je croyais me retrouver dans un Avengers...
- l'insistance assez lourde de vouloir "casser les mythes" (après avoir tué mon père, je vais tuer ma mère mais non finalement je n'appuie pas sur le bouton... Oh mais quelqu'un d'autre l'a fait pour moi...)

Le temps de digérer cette séance de cinéma, je profiterais sans doute d'une séance chez un ami pour me donner une chance de réviser mon avis sur cet épisode dans un futur plus éloigné. 

Au final, la mainmise de Mickey sur la licence star wars se fait ainsi de plus en plus sentir, dévoilant cet aspect industriel du process de production industriel des blocks busters d'aujourd'hui, m'éloignant définitivement des salles obscures pour l'épisode IX.  J'aurais sans doute autre chose à faire.


*****

Sur ce sujet, quelques textes qui m'ont beaucoup parlé :
- Chronique philo : « Star Wars », la fin des mythes par Thomas Schauder, professeur de philosophie (Le Monde 20/12/2017)
 Où la patte de Disney sur Star Wars tend à déconstruire le mythe star wars (voulu comme un mythe universel par Lucas, fortement inspiré des travaux de Campbell), notamment par la dérision, sans forcément le remplacer  par autre chose.
- Pourquoi Les Derniers Jedi divise tant la communauté Star Wars par Philippe Guedj (Le Point 22/12/2017)

Où est noté un ressenti assez fort pour un manque de cohérence scénaristique, notamment de continuité avec l'épisode VII et le suspense ménagé en fin du précédent épisode. L'absence de réponses, et le déficit d'explications comme le changement de paradigme dans l'usage de la force - celle-ci ne nécessitant plus d'entrainement pour être maniée - (par exemple la scène avec Leia dans l'espace, amenée de façon totalement abrupte)  L'auteur de l'article mentionne également la fin des mythes, où les héros de star wars deviennent des copains...

- Pourquoi SW8 divise-t-il autant ? Interview de Jean-Luc Sala (Site superpouvoir.com)

 Où l'épisode VIII est décortiqué par l'oeil d'un scénariste.


mardi 12 décembre 2017

mazinger z infinity (Gekijôban maziger Z) réalisé par Junji Shimizu (2017)


Mazinger z infinity (Gekijôban maziger Z) réalisé par Junji Shimizu (2017)

Quand la nostalgie tue le film...

La nostalgie de l'époque (j'ai fait partie des premières "générations manga" avec Goldorak aka Grendizer - animation issue du même univers de l'auteur Go Nagaï - ou Candy et Albator Aka Harlock-) et un trailer assez punchy m'ont convaincu d'aller voir ce film.

Une interview de Go Nagaï et quelques articles publiés nous ont  appris que si Go Nagaï n'avait pas été associé de près à l'oeuvre, celle-ci avait été produite par des fans devenus adultes. Et ceci explique les défauts inhérents de cet animé, mais nous allons y revenir.

Un petit mot sur Go Nagaï : il est le père du robot géant directement piloté par un humain, c'est à dire du mécha comme on le comprend souvent ici (le terme a une signification plus vaste au Japon).

Passons d'abord aux points positifs : l'animation est magnifique. Tout en respectant les codes visuels de l'époque, la production a modernisé les dessins, créé une animation dynamique qui utilise la 3D de façon harmonieuse pour les combats de méchas.

Autre élément positif, l'histoire se déroule 10 ans après l'époque de la série d'origine : cela donne l'occasion aux auteurs de dérouler un rétrofutur alternatif assez intéressant dans les visuels, par exemple.

Malheureusement cela se gâte assez rapidement avec un scénario assez lourd, comportant de longues répliques où les personnages peuvent expliquer leurs choix [10 ans après], comme la volonté d'un des pilotes d'aller vivre dans un vieux quartier traditionnel où il se sent plus à l'aise. Laissant une grande place à ces longues scénettes, il ne se passe pas grand chose entre le prologue et la scène d'action finale. 

Tout ce passe comme si les créateurs avaient voulu, en grands fan boys, mettre en scène la vie future de leurs personnages favoris. Le film pêche aussi par la volonté des auteurs d'avoir voulu insérer le maximum de personnages* et monstres robotiques à l'écran (une centaine de kaijûs robotiques), ce qui le rend trop fouillis et nous déconnecte de tous les protagonistes.

L'idéal aurait été de faire une sorte de reboot modernisant le propos en gardant l'essentiel et quelques personnages emblématiques, mais la direction artistique prise de placer tous ces personnages nous donne 

Et le final part dans une sorte d'apothéose new age (sic). Assez décevant, mais à voir si vous êtes des quarantenaires nostalgiques.




* notamment le personnage comique de la série originelle avec son robot boite de conserve... Après le développement d'enjeux extrêmement sérieux, une scène avec lui jure énormément.

mercredi 22 novembre 2017

L'assassin habite au 21 - réalisé par Henri-Georges Clouzot (1942)


Attention, chronique avec quelques spoilers.

Dans le cadre d'une "Intégrale Henri-Georges Clouzot" du 8 au 21 novembre, au superbe cinéma le Louxor à Paris, j'ai eu la chance de pouvoir voir L'assassin habite au 21, tourné pendant l'occupation à Paris (1942).

Avant la séance, mes seuls souvenirs de sa filmographie se résumaient au Corbeau, vu à l'époque du collège, et l'image d'un réalisateur sérieux. Autant dire une éternité. Ce qui m'a frappé au premier abord, c'est l'humour* présent dans certaines scènes et la dynamique entre les acteurs et leurs réparties. Il y a quelque chose qui m'évoque un peu le vaudeville dans le rythme. Ce n'est pas du "Audiard" mais il y a une certaine communauté d'esprit.
"- Ah, quel beau métier, impresario! Vous etes le jardinier cultivant les plantes, le tas de crottin réchauffant les pousses !
- Merci.
- Et je suis la plante qui s'élance vers le ciel J'ai besoin d'un tuteur."

Sur le moment et emporté par l'histoire, le film m'a aussi surpris par son absence de contextualisation apparente de l'occupation (pas de soldats allemands, pas d'écriteaux dans la langue de Goethe, ni de traces des exactions commises). 

Mais celle-ci est bien présente quoique de façon indirecte. Et pour tourner à cette époque, il fallait respecter un certain cahier des charges. Le film fut produit par la Continental, alors société française, créée par Joseph Goebbels, dans un but de propagande, et dirigée par Alfred Greven, qui aurait pris quelques libertés avec les ordres de Berlin. 

C'est dans ce contexte que Clouzot dépeint une société française frappée par une suspicion généralisée où chacun peut basculer dans une forme de barbarie. A ce titre la scène des poupées sans visage est assez forte.

De même la survie qu'impose cette époque, est marquée par une certaine vénalité, ainsi le comportement soudain câlin d'une femme qui apprend qu'un pilier du bar qu'elle fréquente, vient de gagner à la loterie.

Nous pourrions également mentionner une scène assez symbolique du manque  de courage dans la prise de risque et de responsabilité (d'union française ?) qui met en relief la successions d'échelons hiérarchiques, du ministre au préfet qui demandent des résultats pour la capture du tueur en série Mr Durant : le subordonné soumis se transformant en supérieur autoritaire raccourcissant les délais pour l'échelon qui le suit.

Un ami présent lors de cette séance aurait même vu  vers la fin, au moment de la capture des criminels levant les mains devant la police armée, un des protagoniste baisser l'une de ses mains, esquissant subrepticement un salut nazi forcé (et donc soumis au pouvoir en place).

Au-delà de tous ces signes discrets, de l'humour, de cet art  particulier du dialogue et de la répartie, "L'assassin habite au 21" comporte des qualités certaines, que ce soit dans les décors de ce Paris reconstitué, avec le soin apporté à la lumière ou la mise en valeur des seconds rôles, tel que le majordome de la pension, imitateur de music-hall, le "fakir", l'ancien médecin des colonies, etc.....

Le scénario commence d'ailleurs sur une sorte de whodunit avec un unique indice d'un informateur qui fait suspecter la présence du criminel dans la pension de famille du 21 de la rue Jugnot et pousse le commissaire Wens [Pierre Fresnay] à descendre incognito dans cette pension pour faire avancer son enquête. Clouzot se donne ainsi l'occasion de présenter une belle galerie de portraits. 

La distribution des acteurs est excellente, que ce soit les rôles principaux ou seconds rôles (Pierre Fresnay, Suzy Delair, Jean Tissier, Pierre Larquey, Noël Roquevert...)


L'histoire prend ensuite une direction différente avec une recherche plus classique du criminel, mais la fin comportera son lot de surprises.

En conclusion, L'assassin habite au 21 est une superbe découverte, qui incite encore à redécouvrir la filmographie d'Henri Georges Clouzot.




* A ce titre, le public dans la salle, réceptif, a beaucoup ri.