mercredi 27 juillet 2016

Hai to genso no grimgar réalisé par Ryosuke Nakamura (2016)


hai to genso no grimgar -  " Grimgar, pays de cendres et d'illusions" est une série animé en 12 épisodes  réalisée par Ryosuke Nakamura (2016).

Adaptée d'une série de light novels, elle partage une petite parenté thématique avec Danmachi, dans l'idée d'intégrer des concepts ou mécanismes de jeux de rôles en tant qu'éléments de l'univers.

L'histoire nous présente ainsi des personnages amnésiques de notre monde, propulsés on ne sait comment dans Grimgar, une contrée d'heroic fantasy.

Pour survivre, ils vont devoir s'engager dans une sorte d'armée de volontaires et former un groupe ("party"), se spécialiser dans des rôles bien différentes (classes de personnages), et ainsi apprendre des compétences particulières ("skills") pour survivre, d'abord.

La grande différence avec la série animée précédente, est le ton donné à l'histoire : elle met en avant certains aspects matériels (comme la nécessité de laver ses vêtements, trouver de quoi assurer sa subsistance, manger dans un monde médiéval...) et "réalistes" quant à la progressivité de l'expérience (ils ne sont pas tout de suite des héros : peinent à vaincre leur premier ennemi etc...). Ajoutons que si la magie permet de soigner, la mort est définitive. Cela accroit la tension en cas de blessures de nos personnages.

D'autre part le sujet est traité avec une certaine justesse : ce groupe de "hasard" constitué de personnes déstabilisées dans un monde où elles ont tout à apprendre, va mettre du temps à s'apprivoiser. La sensibilité n'est ainsi pas absente dans les relations entre les personnages.

Les dialogues ou monologues (en japonais) sont assez beaux parfois, et soutiennent très bien cette ligne plus sensible, qui explore les doutes et interrogations des personnages.

Le rythme sera peut-être déstabilisant pour les amateurs d'actions car la série s'intéresse aussi et surtout aux petits rien entre deux scènes plus actives, à ce qui va permettre de former un futur héros. Mais les scènes d'actions ne sont pas simplistes ou expédiées vite fait : elle participent de l'histoire, du passage à la maturité des personnages. Les combats sont ainsi assez tactiques et mettent en avant le nécessaire travail d'équipe entre les spécialistes d'une party (magicien, guerrier, voleur, etc...).

L'animation est fluide et les plans lointains sont magnifiques, dans le style graphique des aquarelles, ce qui renforce la poésie de la série.



Alors pour qui ? Pour les amateurs de "jeux de rôles dans l'animation", pour les gens curieux de savoir comment on forme des héros, ou de voir ce que donne le croisement heroic fantasy et tranche de vie 

 

mercredi 13 juillet 2016

Danmachi série animée réalisée par Yoshiki Yamakawa (2015)



Synopsis : Communément désignée comme le "Donjon", la ville d'Orario dispose d'un énorme labyrinthe dans son sous-sol. Les dieux , ayant décidés de vivre parmi les mortels, donnent leurs bénédictions (Falna) a ces derniers ayant le courage de parcourir le Donjon, ils deviennent alors des Aventuriers. Dans cette ville de rêves et de désirs, un nouvel aventurier, Bell Cranel, fait une rencontre fatidique avec la petite déesse Hestia.
Ainsi commence l'histoire d'un garçon cherchant l'amour mais aussi à devenir le meilleur aventurier et d'une déesse solitaire à la recherche d'adeptes, qui choisissent de travailler ensemble et d'atteindre leurs objectifs.

Danmachi* est un dessin animé adapté d'un light novel (c'est à dire roman de Young Adult).

Il prend place dans un monde de fantasy classique où les dieux marchent parmi les mortels, mais sont soumis à certaines règles. Ils sont vénérés dans des familias, groupes d'aventuriers qui vont régulièrement aller casser "du monstre", récupérer des gemmes, augmenter de niveaux dans une tour donjon qui s'enfonce sur terre.

Inspiré par le jeu de rôle (JDR), l'auteur a poussé le "vice" jusqu'à intégrer les mécanismes de règles du JDR (table ou ordinateur) dans l'univers (ex : les dieux révèlent les montées de niveaux et acquisitions de compétences des aventuriers par des sortes de sorts de divinations), avec une touche très old school de JDR (donjon/monstre/trésors... On ne parle toutefois pas de portes...). Cela rendra les anciens rôlistes** nostalgiques.

L'histoire en 13 épisodes est intéressante, mais un peu anecdotique : on a l'impression qu'il s'agit d'une adaptation en anime d'un volume d'introduction d'une plus grande série où les enjeux de l'univers ne seraient pas encore totalement établis. Toutefois, cet animé assez léger, fera passer un très bon moment à l'ancien amateur de jeux.

En matière de character design c'est assez tourné vers l'otaku (avec un côté moe et boobs) mais très bien dessiné. L'animation est dynamique et l'action des batailles est bien rendue. Mention "TB" pour la bataille de fin de niveau euh de l'histoire.


* titre complet : Dungeon ni deai o motomeru no wa machigatteiru darō ka (ダンジョンに出会いを求めるのは間違っているだろうか, Danjon ni deai o motomeru no wa machigatteiru darō ka? Est-ce un tord d'espérer faire une rencontre [romantique] dans un donjon ?)
** entre 16-20 ans, cela commence à faire loin...

mercredi 29 juin 2016

La mort en plein ciel d'Agatha Christie

La mort en plein ciel (1936) - Death in the clouds (1935)
Traduit par Louis Postif (1936)



Agatha Christie occupe une place centrale dans mes lectures de policiers à l'ancienne ou detectives novels. Pour les avoirs découverts pendant les grandes vacances, les personnages familiers d'Hercule Poirot et Miss Marple m'évoquent les lectures d'été.

Par désœuvrement je m'étais mis à lire une année tout ce qui me tombait sous la main dans la bibliothèque de mes parents, dont ces Agatha Christie dans une édition des années 70 au club du masque.

Et puis récemment, je suis retombé sur un de ces volumes : la reluire est à présent décollée, mais conserve sur sa couverture une illustration que j'apprécie (aucune information sur son auteur). Le masque ne présentait pas encore la sobriété des couvertures des années suivantes.

La traduction fut réalisée par Louis Postif (1887~1942) en 1936, aussi connu pour être un des premiers traducteurs de Jack London. Sans que la qualité de la traduction soit en cause*, le Masque fera retraduire l'intégralité des romans d'Agatha Christie dans les années 90 : c'est qu'il semble qu'à l'époque les éditeurs avaient l'habitude d'effectuer des coupes pour des raisons qui leur étaient propres (lire à ce titre l'intéressant papier suivant).

Je n'avais jamais autant eu conscience, avant cette relecture, de l'originalité et talent de l'auteur qui savait si bien se jouer des règles traditionnelles qui bornent le genre du roman policier classique (le fameux décalogue de Knox).

Dans les premiers chapitres nous rentrons ainsi dans la pensée des différents personnages, dont le détective,

L'auteur nous décrit une ambiance assez originale - au moins pour l'époque** -  un avion traversant la Manche pour rejoindre l'Angleterre... Une victime française, usurière de son état. Et parmi les passagers... Hercule Poirot, le plus célèbre détective Belge du monde.

S'ouvre alors une enquête se déroulant entre Paris et Londres, avec plusieurs suspects hauts en couleurs.

L'accent est mis sur les étapes de la recherche du criminel, comme un jeu de piste avec différentes énumérations et raisonnements des enquêteurs. 

Paradoxalement, si Poirot met en avance le raisonnement (la mise en marche de ses cellules grises), avant des "analyses psychologiques" décriées, il reste toutefois un fin observateur de ses interlocuteurs.

Ce roman nous dépeint une société anglaise d'époque avec ses préjugés et sa xénophobie (tel un premier juré qui décide de déclarer coupable Poirot, parce qu'il est étranger, et donc suspect...décision vite cassée par le juge, connaissant la réputation du détective), voir son racisme [p135]. Dans la majorité des cas, Agatha Christie choisit de s'en moquer un peu.

Mais ce qui me surprend toujours chez elle, c'est la figure récurrente de l'auteur de roman policier dans ses propres fictions, qui semble autant tenir du double (comme d'un caméo)  que du personnage comique duquel on se moque. Cela apportait-il à l'auteur une certaine distanciation et relativité par rapport à son ou succès ? Ou lui donnait l'occasion de caricaturer gentiment des auteurs de sa connaissance ?

On assiste ainsi dans la mort en plein ciel, à une sorte de jeu de miroirs savoureux, avec l'interrogation de Mr Clancy par le détective.

Le roman porte également son mot d'interrogation sur le sens de la recherche du coupable d'un meurtre. Plus que la justice, c'est la nécessité de disculper les innocents qui conduit à la recherche des criminels pour Poirot.


Au final,après la lecture d'un Patricia Wenthworth, nulle comparaison n'est possible. Agatha Christie fut vraiment la grande reine du crime et ce roman est à lire ou à relire...

*****

C'est un français. On dit qu'une femme doit se méfier d'un français. (Jane pensant au sujet de Jean Dupont)



* Cette version a quelques mots surannés comme écrivassier [p37] au lieu d'écrivaillon peut-être plus courant (?).
** mais je ne connais pas d'autre roman avec whodunit où le meurtre se déroule en plein ciel.

vendredi 10 juin 2016

un pas de trop de Patricia Wentworth

Un pas de trop de Patricia Wentworth
(1878-1961. Premiers romans policiers en 1921. Patricia Wentworth est, de 12 ans, l'ainée d'Agatha Christie)
Aux éditions 10\18 collection grands détectives


Quatrième de couverture : L'apparence bucolique et paisible de la campagne anglaise peut parfois cacher les crimes les plus retors, et l'inspecteur Lamb de Scotland Yard le sait mieux que quiconque... Lucas Dale, le propriétaire plein d'assurance de la superbe demeure de King's Bourne vient d'être assassiné... Entre un mystérieux visiteur américain, une ex-femme haute en couleur et passablement aigrie et un fiancé fou de rage, la victime ne manquait pas d'ennemis, mais qui a appuyé sur la détente ? Secondé par le jeune inspecteur détective Abbott, à qui il s'est mis en tête d'apprendre les rudiments du métier, Lamb, armé de son flegme britannique et de son sens de l'observation, devra démêler la vérité des faux-semblants dans cetteaffaire où il sera beaucoup question d'amour... et de haine.

Si je devais opérer une analogie, les detective novels ont toujours représenté pour moi un instant de lecture agréable, c'est à dire une pause au coin du feu, à la saison froide, tandis que la tarte aux pommes refroidit et le thé - anglais - s'infuse de façon excessive sur le bord de la table.

C'est une sensation de confort et tradition littéraire que je souhaite retrouver dans un chemin balisé :
Le drame se place bien souvent dans un village anglais "bien sous tout rapport", et dans lequel le meurtre va faire tomber l'apparente civilité de ses habitants et délier des langues. L'arrivée de l'enquêteur extérieur, plus que d'exécuter la justice, est de rétablir l'harmonie sociale du lieux.

A l'exception de la victime et de son meurtrier, il y a souvent une tendance au retour de l'happy end des protagonistes qui n'ont pas brisé le tabou de la paix sociale.

Dans un cadre de littérature de genre aussi précis, il faut toutefois un peu de piquant : un style, quelques innovations, un enquêteur intéressant, une fin un peu originale, etc... pour éviter de s'ennuyer. D'autre part les éléments constitutifs du genre ne doivent pas être trop appuyés pour ne pas se lasser.

Dans Un pas de trop de Patricia Wentworth,  il manque malheureusement un peu de cette épice particulière réveillant le goût du lecteur : l'inspecteur Lamb de Scotland Yard et son adjoint Frank Abbott sont un peu palots et -spoiler - ne découvrent l'auteur du meurtre qu'au dernier moment grâce à un témoin direct (à l'instar d'un deus ex-machina). La sensation de progression vers la vérité disparaît un peu et certains passages  apparaissent ainsi un peu superflus, sauf pour mettre en scène la vie du village, sans doute. Cela crée un problème de rythme. 

D'autre part le fait que tous les suspects (du point de vue du mobile) se soient donnés le mot pour fréquenter le lieu du crime au "mauvais moment" m'apparaît un peu excessif.
Le pathos est bien présent avec quelques excès de style (à noter la promesse de mariage dans les 2, 3 dernières pages du roman).
 

Toutefois Un pas de trop n'est pas un mauvais roman, mais à réserver pour les fans n'ayant rien à se mettre sous la main.